Appel d’offres caricatural pour l’organisation des corridas d’Arles

La technique est bien connue et elle est pratiquée depuis aussi longtemps qu’il existe des appels d’offres : indiquer des critères de sélection tels qu’une seule candidature puisse concourir. C’est ce qui vient de se produire à Arles pour “choisir” l’entreprise qui organisera les corridas durant les quatre prochaines années. Il s’agit en effet d’une délégation de service public, une procédure soumise à appel d’offres. Comme la mairie a déjà décidé depuis longtemps que les corridas à Arles resteraient sous le contrôle de la famille Jalabert, il lui suffisait donc d’établir des conditions requises telles que seule Ludi, l’entreprise du fils Jalabert digne successeur de son père, pouvait candidater.

Et là, c’est comme dans une dictature qui se déguise en démocratie sous prétexte qu’elle organise des élections : puisqu’il n’y a qu’un seul candidat retenu, il est bien sûr élu avec 100% des voix. Quel triomphe !

Le journal La Provence n’hésite pas à affirmer que la procédure est grossièrement pipée : “l’empresa Ludi Arles Organisation – Jean-Baptiste et Lola Jalabert, Alain Lartigue et François Cordier – prend part au concours pour la délégation de service public des arènes. Pas besoin de traîner des heures dans les milieux autorisés ou être fin analyste pour affirmer, sans aucune déclaration officielle, que les mêmes dirigeants sont bien placés pour rempiler. Le concours orchestré par la Ville vient en effet de connaître une date clef avec l’examen des dossiers des candidats. 

Enfin plutôt du dossier du candidat. Sachant que Ludi Arles Organisation allait candidater pour sa succession, sauf échec dans les négociations qui vont s’ouvrir, la même équipe devrait être aux manettes pour les 4 années à venir. Les raisons pour qu’il n’y ait qu’un candidat sont certainement nombreuses, mais l’une d’elle résiderait dans un des critères : pour être retenu le candidat devait impérativement avoir une expérience en arènes de 1ere catégorie.

Et ce n’est probablement pas le seul critère de sélection, puisque celui-là aurait pu permettre à d’autres, largement plus expérimentés pour l’organisation de corridas que la toute jeune société de Jalabert fils, de déposer aussi leur candidature. La Provence cite des personnes comme Simon Casas et Robert Margé, dont les talents pour monter des spectacles barbares n’égalent que ceux pour frauder le fisc ou garder la tête hors de l’eau malgré des dettes colossales. Des petites contrariétés dont s’était débarrassé le père Jalabert en mettant son entreprise en liquidation, ce qui éteignait les dettes et les poursuites. Et, comme par miracle, le fils reprenait aussitôt le flambeau sous un autre nom et obtenait sa première délégation de service public avant même d’avoir officiellement créé son entreprise. C’est dire à quel point la mairie s’assoit sans hésiter sur la réglementation qui devrait s’imposer à elle.

Si d’autres candidatures, et pas seulement celles potentielles de Casas et Margé, n’ont eu aucune chance, c’est probablement que la mairie a ajouté un ou plusieurs critères supplémentaires qui leur barraient la route vers la gloire d’organiser des massacres de bovins en public à Arles. Citons encore La Provence, média qu’on ne peut pas soupçonner de voir partout le mal et les arnaques lorsqu’il s’agit du mundillo : “des voisins français de première auraient pu vouloir se frotter – comme Robert Margé ou Simon Casas ; ou, ce qui semble-t-il a été le cas, que certains entrepreneurs français intéressés se soient rapprochés de professionnels espagnols de ce niveau. Mais apparemment en vain.

On en vient à se demander si l’un des critères n’aurait pas tout simplement été qu’en plus le candidat devait avoir un nom de famille qui commence par J et avoir été lui-même torero. Ou quelque chose de ce genre…

Bref, les magouilles habituelles et l’entre-soi omnipotent du petit monde nauséabond de l’aficion arlésienne.

Roger Lahana