La mairie de Nîmes fait la promo des corridas qui n’intéressent plus personne au lieu d’y mettre fin

La feria de Nîmes attire, selon les chiffres officiels, un peu plus d’un million de personnes par an, parmi lesquels 94% ne portent aucun intérêt aux corridas qui se tiennent en même temps. Les retombées économiques de la feria sont évaluées à 65 millions d’euros, quasiment intégralement apportés par les animations de rues (bars, bodegas, restauration, etc.). La partie corrida, on le sait, a un bilan au mieux neutre mais le plus souvent négatif et constitue donc un boulet pour les résultats financiers des ferias.

Si la mairie était une entreprise, la solution logique face à un tel tableau serait de supprimer les corridas et de développer encore plus les secteurs d’activité qui marchent. Hé bien, c’est tout le contraire qui vient d’être décidé : faire la promo de ce qui n’intéresse plus personne ou presque parmi la foule nombreuse qui converge sur Nîmes durant les ferias.

Le média en ligne France Bleu Gard précise : “Si le public vient en majorité de la région (77% des visiteurs), 23% sont des touristes qui réalisent 40% des dépenses, presqu’autant que les familles (36 %). Un public qui vient le plus souvent pour l’ambiance festive.  Seulement 6,3 % des visiteurs assistent à une corrida“. Il s’agit d’un audit réalisé entre avril et décembre 2018.

Et donc, avec une inconséquence totale, la mairie a annoncé la mise en place d’une dizaine de mesures visant à attirer plus de monde dans les arènes. Peut-être pense t-on, chez ces décideurs, que si 940 000 fêtards sur un million ne vont pas aux corridas, c’est parce qu’ils n’ont pas remarqué les gigantesques arènes de pierre qui trônent en plein milieu des brasseries les plus courues ? Il faut dire à la décharge de la municipalité que sa principale source d’inspiration a été le point de vue des clubs taurins, complètement à la ramasse et à deux doigts de la dépression généralisée. Pour eux, il est incompréhensible qu’avec autant de monde dans les rues et aux abords de l’arène, aussi peu en franchisse l’entrée. Et encore, lorsqu’il s’agit de touristes mal informés, ils en ressortent encore plus vite, totalement effarés par la barbarie exposée, mais cela ne change rien au fait qu’ils ont payé leurs places.

En tête des initiatives lancées par la mairie, un accueil très orienté des visiteurs et des touristes : “Les clubs taurins animeront également un espace sur l’esplanade Charles de Gaulle […] pour expliquer la corrida.  Un forfait “première corrida” sera également proposé par l’Office de Tourisme. Munis d’écouteurs, les néophytes pourront les suivre grâce aux commentaires d’une guide-conférencière.

On souhaite un cœur bien accroché à ces néophytes qui verront des animaux se faire trucider pendant qu’une voix suave murmurera dans leurs écouteurs des détails sur les gestes techniques des tortionnaires…  Quant à “expliquer la corrida“, il va falloir qu’ils disent en quoi leur prétendu amour des taureaux signifie qu’il faut les supplicier et les tuer en public. Peut-être que cela sera plus clair grâce au fait que “les clubs taurins animeront un espace avec des ateliers sur l’esplanade Charles de Gaulle.” Des ateliers de quoi ? D’apprentissage au planter de lames et harpons sur des veaux ou des taureaux ? De découpage d’oreilles à vif sur les animaux à l’agonie tout juste sortis des arènes ? D’éviscération de ces mêmes animaux avant de les envoyer à la boucherie ? Oh, mais que c’est excitant, il nous tarde de le savoir.

Pour finir, deux affiches ont été présentées pour “communiquer à l’extérieur sur la Feria“. Caractéristique remarquable : aucune ne montre de taureau, même celle des deux qui est présentée “pour valoriser la tauromachie“. La Mairie serait-elle, malgré tout, consciente que cela ferait tache et donnerait une image honteuse de la ville ? Il serait pourtant simple à la fois d’avoir des ferias qui génèrent encore plus de retombées économiques et de mettre fin à cette honte immonde en voie d’extinction : supprimer enfin les corridas.

Roger Lahana