Corrida : abolition ! par Gérard Charollois

L’Assemblée Nationale devrait examiner le 24 novembre une proposition de loi visant à abolir la corrida. Ce “spectacle” est celui de la cruauté absolue, une séance de torture d’un animal, être sensible. Nul ne peut en contester l’horreur insondable.

Actuellement, le Code pénal français l’avoue explicitement en énonçant une exception à la répression des actes de cruauté envers les animaux au profit des « courses de taureaux dans les localités où existe une tradition ininterrompue » (article 521 1). Les fumigènes verbeux et pesants sur la symbolique de la mort, la culture locale, les traditions séculaires, le folklore de pacotille, ne sont que de bien pauvres paravents à la sinistre vérité : la corrida est une torture érigée en jeu.

Les animaux sont des êtres sensibles. Ils éprouvent la douleur et l’effroi. L’humain civilisé ne peut pas jouir de la souffrance infligée à autrui. Rien ne justifiera jamais la perversité qu’est la jouissance née du mal infligé. L’éthique commande d’abolir cette barbarie. Et la démocratie, que commande-t-elle ? Que veulent nos contemporains ? Une immense majorité demande l’abolition de la torture tauromachique.

Ceux qui piétinent l’éthique et la démocratie bêleront que la tauromachie est la marque de villes attachées à ce spectacle, telles Nîmes, Bayonne et autres ! Ce ne sont-là que de piètres impostures inconsistantes. Le spectacle sanglant des arènes ne recueille qu’un public restreint et l’abolitionnisme est majoritaire dans l’ensemble de la société.

Non, les villes du Midi ne vont pas faire sécession, s’insurger et se couvrir de barricades parce que le parlement voterait l’abolition de la corrida. Il n’y aura pas une insurrection du Sud, minable argutie qu’allèguera probablement un pouvoir qui n’a plus rien de démocratique lorsqu’il est question de l’animal, de la Nature et du vivant. L’argent, les lobbies, les réseaux imposent leurs lois en ce pays. Le gouvernement violera très probablement la volonté démocratique en cette affaire à l’instar de ce qu’il fait toutes les fois que sont en jeu d’obscures officines féodales.

Je me souviens que dans la décennie 1980, nous menions la « guerre de la tourterelle » dans le MÉDOC. Des politiciens décalés pensaient qu’en interdisant ce braconnage, on mettrait la Gironde à feu et à sang. Le braconnage de printemps a été interdit malgré la lâcheté des préfets et des ministres, grâce à l’action des associations, et le Médoc ne s’est pas soulevé. Les politiciens conservateurs, alliés des tortionnaires d’animaux, feignent de voir un peuple arriéré, cruel, hermétique aux idées nouvelles, aux données de la science qui enseigne l’unité fondamental du vivant, au respect de la vie, marque de la civilisation. Ces politiciens méprisent le peuple qu’ils prétendent représenter et qui vaut mieux que cette caricature de brute attardée ne jouissant que de tuer à la chasse et de voir tourmenter un être sensible.

Tout habitant de Nîmes ou de Bayonne n’est pas assoiffé de sang et amateur de torture animale. C’est parce qu’ils sont à court d’argument que les tenants de ce spectacle invoquent de grotesques prétextes à ne pas évoluer. Pour organiser des fêtes locales, ces villes n’ont pas besoin de devenir villes de sang.

Dans le monde hispanique où elle est née, la corrida se meurt. Elle représentait par excellence un spectacle franquiste en affichant « viva la muerte ».

Invitons tous les parlementaires à respecter la volonté démocratique du pays et à abolir la torture tauromachique, n’en déplaise à quelques lobbies contraires. Pour une fois au moins, le parlement français, trop souvent jouet des lobbies, se dégagerait d’une vision archaïque de la société. En abolissant la corrida, le législateur ferait avancer la civilisation vers moins de violence et vers plus de respect d’autrui, que cet autrui soit un humain ou tout autre être sensible. Il faut toujours espérer mais à défaut, apprenez citoyens à faire des élections une arme contre les tueurs et leurs valets, apprenez à voter utile, c’est-à-dire pour ceux qui militent pour un mieux.

Gérard Charollois