La corrida à bout de souffle selon les représentants des sept plus grandes villes taurines

Encore une information réjouissante dans le Midi Libre daté du 22 octobre 2018 : les représentants des sept plus grandes villes taurines de France se sont réunis pour parler de la crise majeure qui touche leurs activités morbides. Selon eux, le problème est clair : « Comment redynamiser la corrida, qui est, dans beaucoup de villes, à bout de souffle. »

Aucune surprise pour les anticorrida, cela fait des années que nous le dénonçons, chiffres à l’appui. Sauf que, jusqu’à récemment, les taurins niaient vigoureusement que nous puissions avoir raison. Il faut dire que le mensonge, le déni et la mauvaise foi sont profondément ancrés dans leurs gènes. Mais voilà, à un moment, la vérité finit par devenir tellement évidente que toutes les digues qui tentent de la cacher craquent.

C’est ainsi qu’il y a quelques semaines, Simon Casas déclarait fièrement qu’il avait fait plus d’entrées aux corridas lors de la dernière féria de Nîmes que l’année précédente : 30 000 sièges occupés sur un total de cinq corridas au lieu de… 30 000 sièges occupés l’année d’avant. Il voulait peut-être dire qu’il en a fait plus que s’il en avait fait moins. Les arènes de Nîmes ayant une contenance de 13 000 places, cinq corridas représentent potentiellement 65 000 personnes. Donc, 30 000 sur 65 000, cela fait un peu moins de 50% d’occupation (et encore, on ne fait pas la distinction entre places payantes et invitations). C’est le même Casas qui déclarait dans une interview il y a quelques années qu’il ne commençait à faire des bénéfices qu’au-dessus de 75% de remplissage et que cela faisait plusieurs saisons qu’il atteignait à peine 50%. D’où le besoin vital pour ses comptes de frauder sur la TVA sous le prétexte foireux de l’inscription éphémère de la tauromachie au patrimoine culturel de la France, des malversations qui ont pris fin avec l’annulation de cette inscription en 2015 et le rejet de tout recours en 2016. Résultat : Bercy lui réclame environ 2 millions d’euros de taxes impayées.

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Plus récemment, Robert Ménard, maire de Béziers, s’exprimait avec une franchise rafraîchissante dans L’incorrect pour dire à quel point la corrida était dans une situation désespérée, y compris dans l’une des plus grandes villes taurines de France, Béziers. Parmi ses plus belles déclarations : “Tout le monde veut en finir avec la corrida” et “Les Biterrois sont comme le reste de la France, c’est-à-dire massivement contre”. Ce qui ne l’empêche pas de financer généreusement l’école de torture bovine de sa ville avec 140 000 euros d’argent public sur cinq ans.

C’est là que survient cette réunion des sept villes possédant des arènes dites de première catégorie et tout indique la panique généralisée. Pour eux, c’est clair, la corrida n’en a plus pour longtemps, ce dont tous les vrais militants anticorrida peuvent se féliciter, car c’est au travail constant de dénonciation de ses horreurs et de ses malversations que nous le devons.

Passons sur l’aspect féria qui ne nous concerne pas en tant qu’anticorrida – la feria, c’est la fête dans la rue, entre humains que personne n’a forcé à être là, rien à voir avec les corridas lors desquelles, on ne le rappelle jamais assez, aucun taureau n’a donné son accord éclairé pour venir se faire trucider à petit feu par des sbires déguisés bizarrement et armés de piques, harpons, épées et poignards en vue de saigner à blanc les pauvres ruminants pris au piège de l’arène, sous les applaudissements de décérébrés avides de souffrance et de sang.

C’est justement ce spectacle sadique qui n’attire plus les foules. Qui veut encore voir ces horreurs, pire, s’en réjouir, à part une population vieillissante, rétrograde, incapable d’évoluer et, forcément, dont le nombre décroît inexorablement d’une temporada sur l’autre ? Les tueurs de service (en espagnol, matadors) réagissent comme ils l’ont toujours fait : en demandant toujours plus cher pour leurs prestations minables et horrifiques. Et, ce faisant, ils creusent ainsi encore plus vite le gouffre financier où la corrida s’enfonce. La solidarité n’est pas une valeur taurine, ça se saurait. Les coups bas, la cruauté, le mensonge, l’avidité financière, ça oui. Et c’est à cette dernière caractéristique que l’on doit l’union sacrée des losers de service, ceux qui ont le plus à perdre, les représentants des plus grandes villes taurines qui voient leur business s’effondrer.

Ils en sont au point d’imaginer que, pour ratisser plus large, on pourrait peut-être supprimer la mise à mort : « Il y a une baisse de la fréquentation des arènes. Nous devons réfléchir aux réponses tarifaires et aux changements de tempo que l’on apporte. Pour toucher un public plus jeune et plus nombreux. » Le journaliste précise : « en haut de la liste de changements potentiels, une réflexion sur la mise à mort ».

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Une réflexion sur la mise à mort ? C’est tout ? Mais cela ne changerait rien à l’horreur de la corrida. Puisque ces messieurs ont décidé de réfléchir, qu’ils le fassent jusqu’au bout. La mise à mort est un soulagement pour le taureau martyrisé, le pire étant l’épouvantable série de sévices odieux qui lui ont été infligés pour lui faire perdre tout son sang en le blessant de leurs armes blanches jusqu’à ce qu’il n’ait plus aucune chance de survivre. C’est la souffrance et le sang versé qu’il faudrait interdire une fois pour toutes, comme cela a été fait aux Baléares il y a un an, avec un résultat simple : il n’y a plus eu depuis une seule corrida (ce qui était le but recherché).

Il s’agit là de la seule solution pour que la corrida ne génère plus de souffrance pour les animaux, ni de pertes pour ses organisateurs : l’abolir. 

Roger Lahana