Le tortionnaire septuagénaire

Il y a des tortionnaires de taureaux vraiment incurables. Certains s’arrêtent en pleine fleur de l’âge, foutant enfin la paix à leurs innombrables victimes. D’autres s’accrochent encore et toujours, probablement jusqu’à leurs dernières forces. C’est le cas de Raul Aranda, qui, à près de 70 ans, n’a pas pu se retenir de torturer et tuer un taureau de plus.

Sur un site d’aficionados qui relate cette barbarie comme s’il s’agissait de quelque chose de beau, voici comme la pauvre victime est désignée :  “Il s’appelait Gimnastico, avait 5 ans, portait le N°21 et le fer des Frères Gallon.” C’est tout : un numéro, un nom, celui d’une manade. Clair, net, précis. Inhumain. Glacial.

Puis l’hommage, durant tout un article, à son assassin : “Le der des der… A pratiquement 70 ans, Raul Aranda avait décidé de tuer son dernier toro. Cela s’est fait à La Chassagne, chez Jean-Baptiste et Marc Jalabert, en présence de quelques amis très proches, venus pour la plupart de Béziers ou Zaragoza.”

On vous fait grâce de la suite, sirupeuse jusqu’à l’écœurement et à la limite de l’incompréhensible tellement elle est truffée de mots espagnols. Ces gens-là, qui mettent sans arrêt en avant leur prétendue “tradition locale”, n’ont pas de mots français pour décrire les détails de l’horreur sans fond de leurs pratiques.

Un passage à relever, tout de même : “L’état de la piste, rendue glissante et boueuse par les averses ne m’a pas permis d’exprimer les sentiments que je voulait transmettre à tous mes proches qui m’accompagnent depuis des années et qui étaient toujours là. Mais bon j’ai pu aller au bout de ma passion.” C’est le taureau qui doit être content d’avoir été sa dernière victime, dans une ultime agonie, aussi inutile et révoltante que toutes les précédentes et toutes les suivantes.

Comment peut-on, à cet âge, avoir encore la “passion” de torturer, d’assassiner un animal. Comment peut-on durant toutes ces années avoir gardé ce tempérament de tueur jamais rassasié. Comment peut-on rester aussi insensible à la douleur causée, à la mort infligée en se gargarisant de mots vidés de leur sens, en se rappelant de cette agonie comme un plaisir avec pour unique regret “l’état de la piste, rendue glissante et boueuse par les averses“.

Nous ne sommes vraiment pas du même monde…

Dominique Arizmendi et Roger Lahana