Envahissons les réseaux contre la propagande de l’UVTF

Lorsque nous avons lancé le 9 avril 2019 une cyberaction contre les affiches de l’UVTF montrant un taureau en pleine forme pour illustrer un mensonge évident – car, non, le taureau n’est pas une « culture » en France et encore moins la tauromachie espagnole – pas grand monde n’a réagi sur le coup en dehors de No Corrida et de la FLAC.

Pourtant l’UVTF annonçait clairement ses intentions. Il s’agissait de déployer sur des panneaux publicitaires de 4 mètres par 3 une “campagne publicitaire d’une ampleur inédite et jusqu’à fin août sur les routes de nos territoires taurins ! Le Taureau vous accompagnera et accompagnera tous les non-initiés pour un message fort à l’image de notre passion ! Si vous croisez les affiches n’hésitez pas à partager vos photos ! Et envahissez les réseaux !

Remarquons au préalable, que cette campagne concerne uniquement les « territoires taurins », donc les douze départements où les corridas sont exemptes de poursuites selon le Code pénal qui a prévu une immunité au fait que qu’elles constituent un délit (article 521-1, alinéa 7). Dans les 90% restants du territoire français, ces horreurs sont punies par la loi selon ce même Code pénal.

Deux mois après le lancement, l’UVTF a réussi au moins sur un point, mais pas de la façon dont elle l’escomptait : « envahissez les réseaux ». En effet, notre cyberaction a graduellement été relayée par les médias et différentes antennes d’EELV nous ont montré un soutien clairement affiché, donnant ainsi de l’ampleur médiatique au rejet de cette propagande honteuse. Un graphiste dont nous sommes proches, Bertrand Monboisset, a même créé une variation de l’affiche qui a le mérite de montrer la réalité, celle que subit le taureau sans aucune chance d’en réchapper : un supplice effroyable, une torture, pas une culture.

Même rejet largement majoritaire à Tarascon, Saint-Gilles, Arles (ces trois communes donnant lieu au point de départ de notre cyberaction), Béziers, Bordeaux (où ne se tient aucune corrida depuis de nombreuses décennies mais dont le département en organise encore) et autres villes contaminées par la passion sanglante importée illégalement d’Espagne il y a un peu plus d’un siècle et donc ne méritant en rien le descriptif de « notre culture » puisque ne relevant d’aucune tradition culturelle française.

La plus belle réaction a eu lieu en Haute-Garonne, département faisant certes partie de ceux qui ne poursuivent pas en justice la torture bovine donnée en spectacle, mais qui n’a plus vu une seule corrida depuis 2015. Cette année-là, la seule commune qui célébrait encore ce spectacle horrifique était Rieumes. Suite à une manifestation unitaire rassemblait plusieurs grandes organisations anticorrida, y compris au-delà de nos frontières, la maire de Rieumes annonçait peu après qu’elle jetait l’éponge et ne donnerait plus un centime de soutien financier à ce reliquat ringard et poussiéreux d’une barbarie venue d’ailleurs. Or, sans subvention, cette corrida comme la plupart des autres ne pouvait plus se tenir, le public étant bien trop raréfié pour en absorber les coûts. Quant à Toulouse, c’est bien simple : sa dernière arène avait été démantelée plus de quarante ans auparavant et plus aucun Toulousain sensé n’aurait imaginé revoir des corridas dans la Ville Rose. De cette déroute, l’UVTF n’en avait cure et même, ne pouvait que se sentir motivée à tenter de convaincre les habitants de ce département revenu à la civilisation de s’intéresser à nouveau à des spectacles d’agonie animale, prétendant qu’il s’agissait de « notre culture ». Rien n’est plus faux, on l’a vu.

Depuis quelques jours, d’autres associations anticorrida se mettent à exprimer également leur indignation. Nous nous en réjouissons, mieux vaut tard que jamais. Comme dirait l’UVTF : envahissons les réseaux.

Du côté de l’UVTF justement, on feint de prendre comme négligeable cette opposition de grande ampleur à une propagande aussi grossière. Le prétendu « message fort » que l’affiche voulait porter s’est transmuté en message autrement plus fort de rejet de leurs élucubrations barbares, pulvérisant leur fantasme crétin de voir se créer un raz-de-marée en leur faveur. C’est loupé. Ces gens-là s’enfoncent lentement dans les oubliettes de l’Histoire, aux côtés d’autres violences extrêmes datant d’un âge révolu. Vivement que les scories de ces horreurs s’éteignent à jamais.

Roger Lahana