Animalism is coming

Dans les huit pays concernés par la tauromachie, les corridas ne subsistent qu’en raison d’articles de loi qui les rendent possibles même lorsque par ailleurs d’autres lois pénalisent les actes de cruauté sur les animaux. C’est pourquoi l’abolition dans chacun de ces pays ne pourra être obtenue que par un changement de la loi. De ce fait, toutes les organisations associatives antitauromachiques s’intéressent de près aux représentants politiques qui siègent à l’Assemblée, passage obligé pour éradiquer les corridas de ces huit pays.

Lors des Sommets du Réseau international antitauromachie (RIA) et au sein de ce réseau, le plus politisé de ses membres est certainement Sergio Garcia Torres, puisqu’il est adhérent d’un parti politique espagnol, Podemos, qui a remporté de nombreuses élections et qui doit cependant gouverner avec d’autres formations, n’ayant pas la majorité absolue. Juste deux précisions : de nombreux partis politiques ont par ailleurs aussi un groupe consacré à la question animale et le fait que Sergio soit impliqué dans un parti politique n’engage en rien les opinions sociétales ou politiques des autres membres du RIA, et encore moins le RIA.

Sergio

Nous connaissons et apprécions Sergio pour son travail efficace d’animaliste, c’est un camarade de lutte sincère et un homme en qui nous avons entièrement confiance. Le fait est que Sergio est un militant hors pair et un homme de conviction. Si nous ne partageons pas tous ses convictions politiques, nous partageons tous sa volonté de fer d’abolir les corridas.

Sergio a été chargé, en plus d’autres interventions toutes plus pertinentes les unes que les autres, de nous présenter la situation en Espagne, qui est en quelque sorte la maison-mère de la corrida, et la raison directe pour laquelle six pays ont été un jour contaminés par cette pratique inacceptable : la France pour l’Europe, le Venezuela, le Pérou, l’Equateur, la Colombie et le Mexique pour l’Amérique latine. C’est-à-dire tous les pays autorisant la corrida, excepté le Portugal.

C’est dire la révolution mondiale que serait l’abolition des corridas en Espagne ! Si le pays d’origine des corridas les abolit pour respecter la démocratie au sein de son propre peuple, quelle légitimité resterait-il à la corrida dans d’autres pays, dont l’immense majorité de la population est tout aussi anticorrida ? De quoi auront l’air ces pays, ou plutôt leurs gouvernements ? Ne feront-t-ils pas figure de parfaits idiots quand le pays d’origine, où la corrida est tellement plus ancrée, va réussi à abolir ?

Sergio est impliqué dans un parti qui est né à la suite du mouvement des Indignés en 2011, et qui considère que la corrida, comme beaucoup d’autres thèmes de société, doit faire l’objet d’un référendum ou d’une consultation. Ce qui reviendrait automatiquement à éliminer la corrida d’Espagne (un objectif qui figure dans la charte de Podemos depuis sa création). Ce parti est une des forces politiques principales à Madrid et à Barcelone par exemple, où de grandes avancées pour les animaux ont été obtenues. Demander à ce que la démocratie s’exprime réellement en matière de protection animale revient à demander de facto des avancées immenses en faveur des animaux.

94483Sergio nous a expliqué qu’en mai 2014, quand le parti s’est présenté aux élections, ils ont construit le programme ensemble et tout le monde pouvait participer. À la très grande surprise des politiques professionnels, alors même que les Espagnols subissaient de plein fouet une crise économique, une des propositions de loi qui a recueilli le plus de voix est une loi sur la stérilisation et la protection des chats errants.

“Animalism is coming” (l’animalisme arrive) écrit sur le T-shirt de Sergio est la devise du groupe animaliste de son parti, allusion au célèbre “Winter is coming” de la série “Le trône de fer”. Comme l’a superbement dit Victor Hugo, « rien n’arrête une idée dont le temps est venu. »

La situation est compliquée et l’abolition va se faire par étapes car les corridas sont inscrites dans le patrimoine culturel de l’Espagne. Il y a l’État national et les États régionaux. Aucune région ne peut abolir de son côté avant que le patrimoine ne soit débarrassé de cette anomalie morale et culturelle au niveau national. En attendant, la situation à Majorque peut parfaitement être dupliquée partout en Espagne ou dans d’autres pays qui ont aussi inscrit la corrida dans leur patrimoine : rendre la tenue des corridas tellement compliquée que concrètement il ne s’en tient plus aucune, même si la loi le permet en théorie.

Mais que vaut une loi qu’une majorité de citoyens réprouve fortement ? Rappelons qu’en Espagne, le nombre de corridas a été réduit de près de 60% en 5 ans. Podemos et une majorité d’Espagnols demandent une réforme de la Constitution en faveur des animaux, de façon générale et l’abolition des corridas en particulier. Podemos, en alliance et en bonne intelligence avec d’autres partis, va proposer un important projet de loi consacré à la cause animale. Un grand débat national sur les corridas est à espérer bientôt dans ce pays.

Un des leviers très importants est le travail de recherche et d’investigation sur les financements des corridas. Et d’expliquer de façon pédagogique à quoi cet argent pourrait être consacré à la place : en priorité à l’éducation des enfants bien sûr (des cours, des fournitures supplémentaires, etc.), éducation gravement lésée lorsqu’on amène un enfant voir une corrida !

Depuis l’élection de Manuela Carmena (proche de Podemos) comme maire de Madrid, toute promotion des corridas a été supprimée des sites officiels de la ville. Le lobby, la pression tout compte et tout fonctionne, même au cœur de la capitale du pays source de la corrida ! Une des plus importantes décisions à Madrid à été de stopper les subventions concernant les corridas, ce qui conduira tôt ou tard à leur fin, cette activité illégitime étant par ailleurs fortement déficitaire, comme partout ailleurs.

En ce qui concerne la question politique, le débat est très ouvert et nous discutons entre nous en toute confiance. Ainsi, de façon lucide et amicale a pu être dit l’opinion que Sergio a perdu son indépendance en politique (et gagné une redoutable efficacité) et que Rita Silva d’Animal du Portugal a conservé son indépendance en restant apolitique, ce qui est le cas de l’immense majorité des associations anticorrida. Et que ces deux façons de s’engager pour les animaux (de cela, personne ne doute, c’est notre beau socle commun) sont à respecter, complémentaires et sans doute nécessaires pour obtenir une abolition mondiale.
Cela permet des expériences diverses et donc un partage d’expérience riche et utile au final pour les animaux.

Personne ne perd de vue le but ultime : l’abolition. Et nous y arriverons, ensemble, quels que soient les chemins parcourus.

Nathalie Dehan
Responsable média de No Corrida
Représentant No Corrida, la FLAC, la SNDA et la FAA au Sommet 2018 du RIA

Sergio Garcia Torres est membre du Comité d’honneur de No Corrida.