Marie Sara avoue : la corrida est au fond du trou

S’il y a un exemple incontesté de ringardise dans le petit monde moisi de la corrida, c’est bien Marie Sara. Elle avait pu déployer toute l’étendue du vide sidéral de sa pensée lorsqu’elle s’était présentée aux législatives de 2017. Lors d’une interview pathétique sur une chaîne de télé, elle n’avait pas réussi à citer une seule des mesures proposées par Emmanuel Macron, dont elle avait reçu l’investiture à la surprise générale. En même temps, comme aimait à le dire son futur président, des mesures précises, il n’en avait annoncé aucune. Alors, elle avait tourné en boucles pendant plusieurs minutes pour expliquer que ce qu’elle voulait, c’était défendre les traditions de la corrida en trébuchant sur chaque phrase. Double faute aurait pu dire son ex, Henri Leconte : représenter la start-up nation en mettant en avant l’argument vieux-monde de la tradition et tenter de faire croire que la corrida en est une bien de chez nous alors qu’elle a été importée illégalement d’Espagne il y a à peine un siècle et demi. Quoi qu’il en soit, elle avait été battue.

marie sara rejon

Le 14 avril 2018, elle est allée beaucoup plus loin dans une interview donnée à La Provence. Développant un réquisitoire implacable, elle avoue tout : la corrida est au fond du trou.

“Le bateau est en train de couler”

Il faut être solidaires car le bateau est en train de couler“, dit-elle en introduction. Et elle poursuit qu’elle veut “remettre la corrida à la mode“, une reconnaissance claire et nette du fait qu’elle est donc devenue ringarde. Comme le journaliste souligne que le temps où les personnalités se pressaient sur les gradins des arènes est révolu, elle réplique que ces pauvres pipoles n’en ont plus le courage parce qu’ils sont harcelés de dizaines de milliers de lettres d’injures. Attention, cela ne veut pas dire selon elle que les anti-corrida sont nombreux (après tout, ils ne sont que 74% de la population, selon le dernier sondage IFOP / 30 Millions d’amis). Non, rien à voir, c’est juste que “ils sont très bien organisés“. Merci pour ce compliment, il nous va droit au coeur.

Curieusement, le journaliste trouve l’argument un peu court. Il est même carrément sceptique. Alors, Marie Sara sort le grand jeu et déballe tout : “au-delà des antis il y a d’autres problèmes comme la crise économique, le coût des places, le fait qu’on voit un peu toujours les mêmes toreros“. Bref, tout fout le camp. Et l’ancienne tortionnaire à cheval devenue organisatrice de spectacles de torture ajoute qu’elle a envie de voir la corrida toujours exister “dans dix ans“. C’est vrai qu’on lui donne bien moins que cela pour qu’elle disparaisse.

Pour vous dire à quel point Marie Sara est en détresse, elle va jusqu’à estimer qu’André Viard « réalise un travail de fond, professoral, journalistique » qu’elle-même se dit « pas capable de faire ». On en est donc là, dans le mundillo français en pleine déliquescence : alors qu’il débite des mensonges et contre-vérités à longueur de temps depuis des décennies, voici que Viard est considéré comme un professeur et un journaliste par ses affidés, rien que ça. Il y aurait de quoi mourir de rire si, en fait, ce n’était pas si affligeant.

Les ringards parlent aux ringards

Pour parvenir à sauver la corrida de sa chute libre (pense-t-elle), elle va faire carrément, tenez-vous bien, “du lobbying auprès des politiques, des artistes et des médias pour les sensibiliser à notre cause“. Vraiment ? Et sur qui va-t-elle s’appuyer pour convaincre tous ces gens-là de faire un grand saut en arrière dans l’obscurantisme de la barbarie tauromachique ? Rassurez-vous si vous faites bien partie des 74% : sur d’autres champions de la ringardise. Rien moins que le loser ultime Manuel Valls, le repoussoir absolu prochasse-progavage-procorrida Eric Dupont-Moretti et l’insignifiant philosophe de bistrot Raphaël Enthoven. On ne change pas une équipe qui perd.

Et là, la défaite, elle connait bien, Marie Sara. Fière de sa taule aux dernières élections, elle envisage de se représenter. Pour qui, pour quelle cause, quand ? Elle ne sait pas encore. On n’a pas fini d’en rire.

Roger Lahana

Analyse

Marie Sara établit un constat honnête : la corrida est ringarde et en chute libre. Mais si la torera fait preuve de justesse en matière d’énonciation de faits indubitables, elle semble être gênée en ce qui concerne l’analyse de fond des causes de ces mêmes phénomènes. Son discours laisse à penser qu’il suffit que quelques pipoles aillent se pavaner dans les arènes et chanter la louange de l’art de transpercer un bovin à l’arme blanche pour que le petit peuple applaudisse de toutes ses mains et, en bon petit soldat, regagne les gradins pour faire de même.

Vision dépassée d’un monde désormais révolu. Le petit peuple réfléchit et analyse, lui. Internet est passé par là et le web a donné un coup d’accélérateur sans précédent à la cause animale. Les gens sont informés et ont accès à une multitude d’analyses. Ils se font leur propre opinion et, conséquence que semble également ignorer Marie Sara, ils n’hésitent plus à remettre en cause les agissements de personnalités, quelles qu’elles soient, si ces agissements leurs paraissent injustes voire indignes.

Les réseaux sociaux regorgent d’exemples en la matière. Le peuple n’est plus dupe de ceux qui, par mystification, veulent leur imposer leur manière de penser ou d’agir. Enfin, Marie Sara semble ignorer également que les consciences ont évolué, suivant en ce sens les découvertes scientifiques en matière d’éthologie. On a découvert que l’animal était doué de sensibilité et disposait d’intérêts propres, indépendamment de ce que l’humain lui impose. Les médias n’hésite plus à publier en “Une” des vidéos d’abattoirs où d’élevages sordides. Les actes de sadisme envers des animaux sont également relatés à l’échelles nationale. Des politiques n’hésitent plus à prendre parti via leurs comptes Facebook ou Twitter.

Désormais, il ne suffit plus d’aligner des chiffres dans des colonnes et d’imposer au monde un modèle à suivre pour que les affaires reprennent. Le monde a une âme et il le fait savoir. Ignorer cela, voilà le comble de la ringardise.

Catherine Martin