Corridas à Nîmes : on ne change pas un système qui perd

Le Midi Libre nous apprend que lors du conseil municipal du 15 décembre, un point a été fait sur la délégation de service public (DSP) relative à l’organisation des corridas à Nîmes. Rappelons qu’il existe deux systèmes principaux : la DSP, qui consiste à confier à un prestataire extérieur la gestion d’un événement souhaité par la mairie (ici, les corridas) et la régie directe, où c’est la mairie qui organise tout à partir du budget municipal (c’est le cas, par exemple, pour les corridas de Bayonne).

Il se trouve que Nîmes doit choisir un nouveau délégataire pour ses spectacles de torture animale en 2019, le prochain contrat couvrant la période 2020-2024. En réponse à une élue du Front de gauche qui proposait un autre système que la DSP pour tenter de limiter la baisse de fréquentation constante du public pour ces honteux spectacles, Frédéric Pastor, adjoint à la torturomachie, a répliqué : “C’est la meilleure façon de gérer les spectacles tauromachiques dans les arènes“.

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Moins de spectateurs, moins de recettes

Le nombre d’entrées payantes aux corridas est passé de 95 032 en 2015 à 75 122 cette année. Le bilan financier s’en est ressenti, avec un bénéfice de 109 645 € en 2015 contre 31 580 € en 2017. L’élue de gauche proposait donc de passer à un troisième type de montage, la “régie intéressée” qui permet d’éviter de payer 20% de TVA et donc, de baisser le prix des places d’autant… du moins c’est ce qu’elle croit, car lorsque les gros organisateurs de corridas – Casas, Margé, Jalabert – avaient largement fraudé le fisc en ne s’acquittant pas de cette TVA à 20%, ils s’étaient empressés de ne surtout pas réduire le prix des places mais bien d’augmenter leur profit personnel d’autant (sauf que désormais, ils sont tous en redressement fiscal, voire à deux doigts de la liquidation pure et simple, le fisc les ayant rattrapés).

A cela, Pastor, comme tout vrai aficionado, a répondu par un chapelet de mensonges et de contre-vérités, affirmant que dans le sud-ouest où cette régie intéressée se pratique “il n’y a que six spectacles à l’année” (totalement faux, il y en a souvent bien plus) et qu’on ne peut pas comparer parce que “la plus grande arène fait 7000 places” – archi faux également, les arènes de Bayonne par exemple étant d’une capacité identique à celles de Nîmes.

On ne change pas un système qui perd

Et comme on ne change pas une équipe qui perd et que, dans l’aficion, plus un mensonge est gros et mieux ça passe, Pastor a convaincu le conseil municipal de rester sur une DSP classique en soulignant, tenez-vous bien, que cela permet une meilleure opacité sur la gestion et les coûts (ah ? ils font donc bien exprès ?) et que, de plus, tous les risques juridiques et financiers sont à la charge du délégataire (tout à fait, mais comme il est payé en partie par la mairie donc les contribuables, ce n’est pas si grave, n’est-ce pas).

En conclusion, puisqu’il y a de moins en moins de spectateurs, la mairie a décidé de ne surtout rien changer et surtout n’a pas le moindre début de l’ombre d’une idée pour traiter le vrai problème que ces chiffres illustrent : l’érosion continue et irrémédiable de l’intérêt du public pour ce divertissement sadique. Et cela, ce n’est pas une différence de taxation ou un manque de transparence qui y feront quoi que ce soit. Les corridas n’intéressent plus les foules, simplement par ce que les corridas sont une horreur insupportable, pas parce que le prix des tickets est à tel ou tel niveau. D’ailleurs, cela fait maintenant une bonne dizaine d’années que même les novilladas qui proposent une entrée gratuite se retrouvent avec des gradins largement dépeuplés, preuve que tout le monde s’en fout même quand ça ne coûte rien.

La Mairie a déjà pris le virage pour sortir des corridas

Ce n’est pas un hasard si la Mairie de Nîmes a anticipé la disparition des corridas dans cette ville, en développant d’autres arguments touristiques pour ses arènes, comme les reconstitutions de jeux romains et le musée de la Romanité situé tout contre les arènes. Sans parler des concerts de rock ou de musique classique en été au sein de ces mêmes arènes, qui remplissent largement les gradins tous les soirs pendant plusieurs semaines, sans avoir à recourir à des arnaques ou des subterfuges. Le vrai attrait du public, il est là, la vraie culture populaire, c’est elle.

Dommage pour les taureaux encore vivants que l’agonie de cette pratique indéfendable dure aussi longtemps, même les derniers aficionados les plus endurcis savent que c’est la fin. Eux qui se rengorgent à tout bout de champ de grandeur et de bravoure de pacotille, ils sont simplement trop lâches ou hypocrites pour en tirer les conséquences en arrêtant enfin tout, tout de suite. Il faut dire qu’ils n’ont plus aucun sens de l’honneur, à force de vivre dans le déni, le sadisme et le mensonge, y compris à eux-mêmes. Vivement que cette barbarie immonde disparaisse, elle ne manquera à personne.

Roger Lahana