L’empujador, dernier coup bas avant l’agonie dans l’arène

Lorsque la porte du toril s’ouvre, le veau ou le taureau qui attend derrière surgit dans l’arène comme s’il lui tardait d’en découdre. Les spectateurs sont ravis de tant de combativité apparente, ils crient, ils applaudissent, ils jouissent par avance de la nouvelle séance de torture qui va se dérouler sous leurs yeux, prêts à commenter la « bravoure » de la victime qualifiée de « fauve », avec force jargon hispanisant.

La réalité, c’est que le pauvre animal est terrorisé et épuisé par de nombreuses maltraitances, sans aucune idée de là où il se trouve, ni surtout de ce qui l’attend. Alors, comment se fait-il qu’il déboule si énergiquement sur le sable où une agonie inéluctable l’attend ?

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La réponse serait, selon certaines sources, une tricherie minable de plus pour pimenter une pratique barbare qui n’en manque pas. Il était déjà courant que des lances fourchues soient mises en oeuvre pour le pousser vers la mort. Là, juste avant de sortir, le bovin prend un coup d’empujador à la base de la queue. Il s’agit d’un instrument ne laissant aucune trace, qui envoie une brève mais intense décharge électrique.

Ce dispositif est couramment utilisé dans les élevages. Lorsqu’il est réglé à pleine puissance, la douleur est telle qu’une vache n’hésite pas à piétiner son veau qui la précède si elle est en est frappée. Le verbe « empujar » signifie pousser. L’empujador est aussi utilisé pour lancer en avant les taureaux de rodéos, on peut le voir sur certains films.

Il se présente la plupart du temps comme une tige fourchue, parfois emmanchée au bout d’un long pal. Mais il peut aussi prendre la forme d’un simple boîtier, pas plus grand qu’un paquet de cigarettes. Il suffit de le dissimuler dans la main et de l’appliquer au bon endroit pour que le taureau soit projeté comme un fou dans l’arène.

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La décharge est administrée par un employé en équilibre au-dessus de la sortie. Personne ne voit rien de suspect, cela ressemble à une simple tape. Une tape à l’effet démesuré, un dernier coup bas avant le début de l’agonie.

Roger Lahana